mai 23, 2013

Cannes, et l’explication de texte(s)

Entre autres choses, le Festival de Cannes est l’occasion de répondre à quelques interrogations sur notre filière. C’est presque un rituel. Depuis quelques années, je suis invité par la SACD à expliquer comment nous travaillons, comment nous allons, vers où nous nous dirigeons. L’exercice se veut pédagogique sur les ressorts concrets de notre activité.

Depuis une dizaine d’années, pas loin de 500 projets de longs métrage français sont proposés à la chaîne. L’année 2012 n’a pas dérogé à la règle puisque 430 nouveaux projets apportés par plus de 200 producteurs différents ont été présentés. Tous ont été soumis à des comités de lecture, ont donné lieu à des échanges en interne et à des discussions avec les producteurs. Au final, l’an dernier, 113 films ont été préachetés avec une amplitude importe de financement, entre 150 000 et 5 millions d’€.

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mai 20, 2013

Rapport Lescure

Indubitablement, il a remplacé tous les scripts emportés trop rapidement sur un iPad que nous espérions lire le temps du trajet Paris-Cannes en train. Depuis qu’il a été dévoilé, avec retard, lundi 13 mai, tout le monde s’est emparé du sujet.

Je ne commenterai pas ce texte, CANAL+ s’est exprimé depuis, à plusieurs reprises. Ce qu’il propose signifie pas mal de bouleversements.

Mon seul et terrifiant commentaire est un constat: mais qui donc a lu le rapport Lescure au-delà de sa synthèse ?

Je vous laisse deviner la réponse.

Le rapport est à lire ici.

mai 6, 2013

Avons perdu la capacité de faire un cinéma pour adultes ?

Dans une interview réalisée pour l’excellent FRISSON BREAK et diffusée sur cine+Frisson le 5 mai, le réalisateur Danny Boyle livre ce constat quelque peu terrifiant sur le cinéma anglo-saxon de divertissement. Un constat que nous devrions prendre comme une menace pour notre propre cinéma national si nous n’y prenons gare.

Le réalisateur explique:

"L’un des problèmes actuels est que nous avons perdu la possibilité de faire films adultes. Même l’expression ‘films adultes’ signifie désormais ‘pornographie’. Alors que lorsque j’étais gamin, ‘films adultes’ signifiaient Nicolas Roeg, John Boorman, John Cassavetes. C’était du très bon cinéma avec des thèmes adultes comme le sexe, la violence, le dilemme, des dilemmes absolument adultes. Et en grandissant, on était impatient, excité à l’idée de les rencontrer. On les découvrait au cinéma, puis on les rencontrait soi-même dans la vraie vie. C’était un rite de passage.

Le problème du cinéma contemporain est qu’il se ‘pixarise’. C’est brillamment raconté, mais c’est pour la famille. Et si ce n’est pas pour la famille, le film est recouvert d’interdictions en tous genres, des pages entières d’avertissement."

Tout était dit. Le cinéma nous faisait grandir.

Aujourd’hui, il nous semble que la seule excitation qui demeure à nos gamins vis-à-vis du cinéma est l’horreur.

La création française est relativement protégée de cette dérive. Mais pour combien de temps ?

avril 11, 2013

Le prix des films et la critique

"Ce film-là, je te le produit pour XX de moins"

Combien de fois ai-je entendu cette explication d’un producteur se comparant à un autre ?

L’argument du prix vient aussi dans la bouche de gens qui n’ont jamais produit, c’est-à-dire jamais embauché de collaborateurs intermittents, jamais négocié de cachets, jamais comparé des locations de tournages, jamais tenu un planning de tournages.

L’argument du prix vient s’immiscer dans la critique de films comme un remake médiatique de "combien ça coûte".

L’argument du prix est devenu l’un des plus imparables, en cette période de crise économique. Il tend à occulter le reste.

L’argument du prix est le bon quand on sait comparer ou analyser, bref, quand on sait de quoi on parle.

 

 

avril 9, 2013

"Et vous, vous piratez ?"

Je regarde la salle, composée d’étudiants au fait de la chose économique puisqu’ils se destinent à "manager" à l’issue de leur cursus à HEC.

"Et vous, vous piratez ?"

Silence et sourires gênés.

L’un se risque à avouer. Un autre m’interroge: "vous semblez très conservateur à faire évoluer le système alors que les gens veulent de la culture en gros nombre et d’accès gratuit".

Je réponds que je ne connais que deux grands modèles pour produire une oeuvre puis la "donner" ensuite: le financement publicitaire, qui laisse donc aux annonceurs de choisir pour vous la diversité de ce que vous verrez. Ou la subvention généralisée, la franche nationalisation du cinéma national pour qu’on nous le serve gratuitement ou presque. Exit la variété du système actuel.

Il y a bien sûr des versions intermédiaires – objets de multiples débats et variantes.

"Moi, je pirate des films que je ne trouve plus à la télévision" déclare un étudiant. J’adore cep profil idéal du pirate-archéologue, si exemplaire… et si rare. A les écouter, c’est donc la filmographie de Murnau et Wells qui subit les affres de la piraterie 2.0.

"je n’ai pas la patience d’attendre" résuma un autre.  J’essaye d’apprendre la patience à mes enfants. Le monde ne se découvre pas comme un goinfre.

Notre métier était d’entretenir une relative impatience pour maximiser ce que d’aucuns appellent le "consentement à payer", puis de réinjecter dans cette fabuleuse industrie de la création une belle fraction des revenus ainsi générés.

Il est impossible d’épuiser ces sujets en quelques lignes. Il faut juste comprendre qu’il n’y a que l’échange des points de vues qui permet de comprendre .

 

 

 

mars 20, 2013

Le Parisien et le cinéma français

Difficile de comprendre ce qui a présidé au choix, par la rédaction du Parisien/Aujourd’hui en France de retenir 5 films français sans rapport économique les uns avec les autres, pour illustrer une double page consacrée aux prétendues difficultés de notre cinéma national le weekend dernier.

Le journal avait choisi

  • "Turf" de Fabien Onteniente. Très grosse comédie française dont le devis fut inversement proportionnel à ses entrées. C’est une chose qui arrive dans le cinéma, même français.
  • "Une Histoire d’amour" d’Hélène Fillières: drame intimiste.
  • "Pas très Normales Activités" de Maurice Barthélémy: comédie horrifique décalée, très atypique dans la production nationale
  • "Arrêtez-moi" de Jean-Paul Lilienfeld.
  • "La Fille de nulle part", de Jean-Claude Brisseau, auteur que l’on ne présente plus.

Les quatre derniers films font partie de la centaine de films français produits chaque année avec moins de 4 millions d’euros. Deux d’entre eux n’ont même pas de financement hertzien. Chacun, qu’il soit auteur, producteur ou partenaire, espère toujours que son film réjouisse une très large public. Mais inutile de préciser combien cette espérance est plus difficilement satisfaite pour les films les moins chers du "marché".

Cela n’enlève rien à leur qualité potentielle.

Il suffit de connaître un peu notre économie et notre filière pour éviter des comparaisons absurdes avec l’un des 10 films français les plus chers de l’année.

février 21, 2013

Les statistiques qui calment.

Plus de 430 nouveaux scenarios reçus l’an dernier dans nos bureaux.

Près de la moitié sont des premiers films.

Près de 300 producteurs différents.

 

janvier 24, 2013

Croquemorts

Une immense déception, ils se reconnaîtront. Quelques plumes, toutes ont l’envie de travailler le sujet – la rentabilité d’une activité qui doit être artistique même si elle ne l’est pas toujours.

Quelques sabres de la presse s’affairent donc à traquer la "rentabilité" d’un 7ème art.

Mon dieu.

Nous allons patiemment leur expliquer.

janvier 19, 2013

Ce cinéma français si rentable…

Il était décrié, accusé de tous les maux et surtout du pire, celui de ne pas être "rentable". L’accusation était si forte qu’il y eut des articles, des émissions, des débats souvent raccourcis. Le cinéma national, aidé par un système exceptionnel, ne profiterait qu’à peu, l’art lui serait devenu étranger, et même les plus commerciaux de nos productions françaises seraient des catastrophes économiques.

La charge fut aussi rude qu’inconséquente et mal argumentée.

Puis, vendredi 18 janvier 2013 (sonnez le tocsin !), voici que le Film Français nous lâche un chiffre, énorme. Nos films français auraient généré quelque 875 millions d’euros de recettes à l’export en 2012, aidés par des films aussi différents que THE ARTIST ou TAKEN 2. Un beau record !

Quelle affaire ! Il faut se souvenir que le "cout de fabrication" de notre cinéma français tourne autour de 1,3 milliards d’euros annuels pour 200 films produits. La plus grande diversité de genres et propositions, observées depuis près d’une décennie, est l’une des explications à cela.

Nous allions enfin pouvoir reprendre une activité normale.

janvier 4, 2013

La France subventionne le cinéma … européen

Dans l’excitation devenue fébrile sur cette histoire de cachets, on a (presque) tout entendu, et notamment ceci: la France produirait trop de films et/ou trop cher pour sa simple taille. On osera ici quelques éclairages nécessaires à l’attention de certains néophytes pourtant définitifs dans leurs commentaires.

1. Notre industrie nationale ne produit pas 300 films français par an. Il faut savoir lire les textes et les statistiques – très bien faites – du CNC en la matière: le CNC agrée près de 300 films par an dont environ un tiers sont en fait des films européens non français. Dans le jargon, on appelle cela des "coproductions minoritaires". En 2011 par exemple, dernière année connue, le total des films agréés était de 272 (et non pas 300, score jamais atteint), dont 65 films à majorité étrangère. Dans les 207 films "français" restants, seuls 152 étaient (quasi-)intégralement financés par des sociétés françaises (distributeurs, CNC, TV, etc).

2. Notre système d’exception culturelle permet ainsi à une grosse cinquantaine de films européens non français de se financer chaque année. C’est un rappel pour celles et ceux qui à Bruxelles s’interrogent sur le caractère prétendument trop cocardier de notre système.

3. Si le cinéma français s’exporte encore insuffisamment, il est faux de penser que nos productions nationales n’ont que pour seul marché les spectateurs français. La presse a récemment et abondamment cité ASTERIX 4 et ses 60 millions d’euros de budget. Qui croit encore qu’un tel budget a été dimensionné pour le seul territoire national ? ASTERIX est l’une des rares franchises commerciales qui s’exportent (*).

4. On a coutume de penser qu’au-delà de 15 millions d’euros de budget, un film français doit chercher (et habituellement trouve*) des financements étrangers… ou allumer des cierges. A ce budget-là, les producteurs et distributeurs espèrent déjà au moins 3M d’euros de la télévision cryptée, autant de la télévision gratuite, et au moins 3 millions d’entrées en salles.

5. La production française s’auto-régule: chaque année, comme en 2011, seuls 12 films sont produits avec plus de 15 millions d’euros de devis.

 

 

 

(*) Même si la crise est passée par là.