Pourquoi la vidéo à la demande par abonnement s’éparpille

Coup sur coup en quelques semaines de cet été 2017, voici Disney, Paramount et peut-être Fox (*) qui annonçaient des lancements de services de vidéo à la demande par abonnement propriétaires. Exit donc les partenariats lucratifs avec les Netflix et Amazon ?

Disney a surpris en déclarant lors de sa dernière communication financière qu’il n’entendait pas renouveler l’accord de distribution de ces films en première exclusivité avec Netflix. Viacom confirmait lancer un service en Scandinavie baptisé Paramount+, qui proposera des films inédits tels « Baywatch » ou « Transformers : The Last Knight », mais aussi des séries et émissions telles « South Park » et « Inside Amy Schumer ».

Les téléspectateurs pourraient se réjouir. Les premières réactions furent différentes. Cet éparpillement poserait un problème de choix : qui va s’abonner à 3 ou 4 services d’une dizaine d’euros mensuels chacun alors que Netflix ou Amazon proposent déjà une offre riche ?

La réalité est plus complexe.

Premièrement, aucun service de vidéo à la demande par abonnement n’a jamais été une vidéothèque exhaustive. La profondeur des offres varie puisque les ayants droit commercialisent différemment leur catalogue d’un pays à l’autre. Netflix, qui domine le marché occidental, a même réduit son approvisionnement externe, à fur et à mesure que ses productions originales prenaient de l’ampleur.

Deuxièmement, comment reprocher aux studios de chercher d’autres débouchés ? La SVOD provoque des ruptures inédites : elle offre un usage sans limite, sur une durée longue, auprès d’un nombre d’abonnés massif. Donc les perspectives de revenus « aval » se raréfient. Les plateformes mondiales ont aussi le culte du secret sur les usages réels ; leur taille impose des rapports de force défavorables dans les négociations ; parfois, leur centre de gravité économique est ailleurs, sans rapport avec l’audiovisuel qui n’est qu’un artifice. Développer son propre service est une déclaration d’indépendance, une envie de maîtriser une évolution inévitable plutôt que de la subir.

S’ajoute le durcissement du marché. En Europe, les diffuseurs télévisuels préfèrent favoriser des productions locales, de qualité incontestable, mais qui correspondent surtout aux audiences vieillissantes du petit écran. Or les productions américaines, plébiscitées en SVOD, font le plein d’un public plus jeune qu’il faut bien toucher.

Troisièmement, le téléspectateur cinéphile ou sériephile ne devrait pas désespérer. Le marché est suffisamment large pour que l’oligopole Netflix/Amazon soit pris à partie. La facture ne sera pas forcément plus élevée : la SVOD suit un modèle sans engagement, qui permet au spectateur d’aller et venir sans tout payer tous les mois. Elle est parfois couplée de façon indolore au sein d’offres payantes qu’elle enrichit sans surcoût.

Pour échapper à un nouvel oligopole, trouver de nouveaux débouchés, mieux connaître le public, ces services de compléments sont une nécessité.

 

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Cette chronique a été publiée le 20 novembre 2017 dans l’Opinion.

(*) L’auteur de ces lignes s’exprime exclusivement à titre personnel. Aucun propos ni argument n’engagent 21st Century Fox, ni ses filiales ou actionnaires.

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