«La disparition de la télévision?» (REPLAY)

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Aux Etats-Unis, la chute du nombre d’abonnés aux offres télévisuelles « multichaînes » est l’objet de sempiternelles chroniques. C’est le fameux « cord-cutting », qui désigne le renoncement à l’abonnement à ces offres par câble ou satellite. On compte encore 92 millions de foyers abonnés, mais ces derniers ont chuté de 8 millions en cinq ans (source, Kagan 2018). Pour des observateurs trop expéditifs, le cord-cutting incarne « la fin de la télévision », au profit du streaming, moins cher et plus souple tels Netflix, Amazon et consorts.

Nouvelle de l’été dernier, ce cord-cutting s’essouffle ! La chute des abonnements à la télévision américaine se fait moins forte que prévu, 478 000 abonnés perdus au second trimestre 2018, contre 800 000 à un million en moyenne les trimestres précédents. Le « miracle » tient à la réintégration dans les statistiques des mini-bouquets Internet Sling TV (Dish Network) et Directv Now (AT&T). Leurs progressions sont réelles et croissantes, les deux services comptent environ 8 millions d’abonnés désormais.

Mieux, ces données sont encore incomplètes car quelques mastodontes récemment entrés sur le marché de la distribution de chaînes de TV ne communiquent pas leurs résultats : Hulu, YouTube TV et Amazon proposent à leur tour des abonnements à des chaînes en direct, via Internet.

Certes, ces mini-bouquets sont moins chers, donc moins rémunérateurs, que les abonnements d’antan (de 25 à 50 dollars, plutôt que 100 ou davantage). Pour les opérateurs historiques (AT&T, DishNetwork) ou récents (Hulu, Amazon), l’équation peut être quand même rentable : la structure des coûts de distribution est très différente ; les frais d’installation et de gestion d’un abonnement 100 % numérique sont en effet très inférieurs aux services traditionnels qui reposaient sur une infrastructure et un niveau de prestation « physique » conséquents. Du coup, les marges des opérateurs, au fur et à mesure que le portefeuille d’abonnés progresse, ne seront pas si négligeables.

Cord-never.

Mais pour les éditeurs de chaînes, est-ce le salut ? Pas vraiment. Ces mini-bouquets Internet sont aussi « mini » par le nombre de chaînes proposées (60 à 130). Il n’y a pas de place pour tout le monde. Les gros perdants sont cette multitude de chaînes aux marques trop faibles ou aux programmes peu indispensables. Au second trimestre 2018, 90 % des chaînes nationales ont perdu des abonnés. Certaines chaînes n’ont pas sécurisé tous les droits de streaming. Ainsi PBS, chaîne publique, n’est pour l’instant pas distribuée dans ces nouveaux mini-bouquets pour des motifs de droits…

Et ce n’est pas tout : environ 9 % de la population américaine, une fraction croissante, n’a jamais pris d’abonnement traditionnel. Cette génération de « Cord-Never » est jeune, 34 ans environ. Elle a été habituée à ne jamais payer en utilisant le compte parental, puisque les offres audiovisuelles numériques proposent désormais plusieurs accès à leurs services TV dans le même abonnement.

En France, la distribution télévisuelle tient grâce aux offres « triple play » (TV, téléphone, Internet). Pour combien de temps ?

 

(Chronique publiée le 27 août 2018 dans l’Opinion)

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